La notion de "Magic Bullet" ou bon médicament - bon business

Les "Magic Bullet" sont des médicaments miracles qui soignent votre maladie. Mieux encore, ils peuvent en soigner bien d'autres! Petite explication:


L’industrie pharmaceutique cherche à trouver des médicaments qui ciblent des maladies, et qui les éradiquent. En effet, elle a plutôt intérêt à présenter ses médicaments comme « Magic bullet », qui marchent tout le temps et non spécifiquement pour un trouble.

Un des modèles de la maladie mentale est la paralysie générale, une maladie assez fréquente liée à la syphilis, laquelle, lorsqu’elle se développe normalement, le fait en trois phases :

1. Démences : trouble majeur des facultés intellectuelles

2. Mégalomanie : délire spécifique de type mégalomaniaque

3. Paralysie assez sévère

Antoine Bayle, psychiatre français, décrit cette maladie avec des personnes qui développent les trois séries de symptômes.

Paul Ehrlich, le père de la chimiothérapie, découvre un dérivé d’arsenic pour soigner la syphilis. Par la suite, la maladie sera totalement éradiquée. C’est donc cette maladie modèle, dont la clinique a permis de relier différents symptômes, qui a été identifiée et dont on a trouvé un remède qui marche bien.

L’objectif serait de trouver d’autres « Magic bullet » pour des maladies psychiatriques. Néanmoins, on remarque que les psychotropes n’ont pas d’effet spécifique, mais plutôt large.


La découverte des psychotropes

Dans les années 1950, on découvre des molécules très particulières qui ont des effets sur deux grands types de troubles mentaux :

- Troubles psychotiques

- Troubles névrotiques

La pharmacologie se développe de manière très importante en testant plein de médicaments. La plupart sont des dérivés d’antihistaminiques (contre les allergies) qui ne marchent pas sur leur cible initiale.

Néanmoins, la découverte de deux médicaments en Suisse et en France va revêtir un impact majeur :

- Chlorpromazine : utilisé dans les troubles psychotiques avec succès / diminution de beaucoup de symptômes positifs / favorise des réinsertions en assommant un peu les patients.

- Imipramine : développée en Suisse par Kuhn, un psychiatre phénoménologique, il s’agit d’un des premiers traitements de la dépression endogène (biologique), mélancolique, une forme très grave.

Ces médicaments répondent à des problèmes sociaux et individuels. La thèse d’Healy sera de dire que malgré l’intérêt évident de ces molécules, il n’y a pas de « Magic bullet » en psychopharmacologie.


Le temps des antidépresseurs

On a l’idée que ces médicaments ciblent précisément un mécanisme (la dépression, la psychose, etc.) Dans les faits, ce n’est pas du tout le cas. En effet, autant un mécanisme d’allergie revêt une définition précise, alors qu’une psychose est plutôt mal définie.

Le concept de psychose n’existe pas dans la nature comme le phénomène d’allergie, ce qui pose problème. On sait que les antidépresseurs marchent sur beaucoup d’autres choses que la dépression : TOC, troubles anxieux, etc. ils sont par ailleurs efficaces sur les dépressions sévères, mais pourraient augmenter le risque de suicide. En effet, les inhibiteurs ciblés par ces médicaments permettent en réalité d’empêcher certains comportements lorsque l’on est déprimé.


Une épidémie de dépression ?

Dans les années 1950, la dépression est soit un symptôme qui se retrouve dans plusieurs maladies psychiatriques, soit un synonyme de mélancolie qui est un trouble grave et peu fréquent. Sa prévalence est actuellement de 15%, ce qui amène Pignarre a déclarer que « nous assistons à une véritable épidémie de dépression ».

Ce bond d’une maladie rare à une prévalence de 15% peut évoquer une épidémie, soit une maladie qui se propage fortement dans un laps de temps relativement court.

Il faut se demander si l’on parle de la même dépression :

- Modèle de la mélancolie dépression-sévère dans les années 1950.

- Modèle de la dépression-modérée dans les années 2000.

La modification des critères diagnostics du DSM III, plus précis, objectivables, amène à des effets sur l’objet que ces critères sont sensés modifier. En l’occurrence, cette modification de classification aurait donc baissé le seuil de la dépression.

Le paradoxe est qu’au moment où l’on découvre les antidépresseurs, la maladie devient de plus en plus présente, alors même qu’on est supposé lui avoir trouvé un traitement. C’est la ligne de Borch-Jacobsen qui consiste à dénoncer le lobby de l’industrie pharmaceutique.

Le lien entre les psychotropes et l’industrie pharmacologique consiste à se demander si cette dernière est une bonne science ou un bon business. De fait, une maladie serait d’autant plus reconnue qu’elle a un traitement en lien avec le problème qu’elle pose.

Kramer parle du développement d’une psychopharmacologie cosmétique qui ne consiste pas à aller bien, mais « mieux que bien », notamment avec l’apparition du prozac (volonté d’essayer un médicament purement pour son effet).

Healy dénonce par ailleurs un risque sanitaire de cette prise de médicaments, notamment avec leurs effets secondaires. L’idée est donc de voir combien l’introduction des psychotropes a pu modifier la conception des maladies mentales. C’est donc le point de vue des psychotropes qui, en existant, en agissant, ont eu des effets sur la conception de ces maladies mentales.