Le syndrome d'épuisement professionnel ou Burnout

Le syndrome complet comprend un trépied de phases progressivement évolutives. La plupart des personnes ne présentent heureusement que la première phase, soit près de 50 % de la population. Il s’agit d’un concept neuf, qui ne se superpose pas à un diagnostic psychiatrique et qui peut mener à la dépression. Considéré au départ comme une maladie spécifique de la relation d’aide, il englobe et dépasse le stress et donne une perte du sens du travail. Le burnout révèle un malaise existentiel singulier et social. Il pose la question du sens de la vie.


Le burnout, c’est le fait de s’user ou d’être épuisé après avoir sollicité de soi trop d’énergie ou de ressources. Le burnout représente l’épuisement de nos ressources physiques, mentales et émotionnelles : il s’installe progressivement, même s’il donne l’impression de survenir tout d’un coup.

Le burnout se rencontre surtout chez la personne qui poursuit des idéaux dans sa vie personnelle, familiale ou professionnelle, puisqu’elle consacre toute son énergie à atteindre un but irréaliste dans les conditions actuelles, mais il peut aussi être le résultat d’un travail où on a l’impression de répéter la même routine, de tourner en rond, jour après jour, semaine après semaine, de s’ennuyer, de sembler désorienté(e), de soupçonner les autres de ne pas nous apprécier… Certains ont parlé de bore-out dans ce cas.


Manifestations physiques

En tout premier lieu, apparaissent l’épuisement physique et la fatigue. Viennent ensuite d’autres symptômes dont pas mal de plaintes plutôt atypiques. Ces symptômes physiques dans certains cas restent la seule manière dont le patient peut exprimer sa souffrance. Le médecin consulté devra décoder leurs signifiants plus larges et dépister un éventuel syndrome d’épuisement professionnel sous-jacent.

Nous citons comme symptômes majeurs les troubles du sommeil (réveils précoces, nocturnes, difficultés d’endormissement) qui alerteront le médecin, le psychologue et le psychothérapeute sur l’existence probable d’un état dépressif majeur. Viennent ensuite les troubles musculo-squelettiques (maux de dos, douleurs et contractions musculaires, douleurs articulaires, etc.), les manifestations cardiovasculaires (poussées d’hypertension, palpitations, douleurs dans la poitrine, etc.), les troubles digestifs (perte d’appétit, épisodes boulimiques, digestion difficile, douleurs dans l’abdomen, coliques, nausées, diarrhées, etc.), la sphère neurologique et hormonale avec les migraines, les pertes d’équilibre, les vertiges, tremblements, troubles sensitifs, sueurs inhabituelles, les baisses d’énergie, les déséquilibres hormonaux. Enfin, nous pouvons observer l’installation de maladies organiques plus systématisées comme les ulcères d’estomac, l’hypertension artérielle sévère, les problèmes cardiaques majeurs, l’hyperthyroïdie, etc. Pour certains, des troubles ou maladies physiques peuvent être les signes prémonitoires de ce burnout. Les processus de somatisation peuvent être une voie d’entrée pour la prise de conscience de l’épuisement professionnel. Dans certains cas, les conflits intrapsychiques ne sont abordables que sous cet angle somatique. Au soignant de permettre doucement de faire des liens !


Manifestations psychiques

L’épuisement émotionnel peut prendre divers aspects :

A - Symptômes de dysfonctionnement psychique

Ces dysfonctionnements peuvent prendre diverses formes comme la négation des échecs, l’oubli de soi, la perte du sens de l’humour, l’indifférence, le désintérêt, la dépersonnalisation, le manque d’assurance, l’indécision, l’insatisfaction, l’impatience, la diminution de l’estime de soi, l’anxiété flottante, le sentiment d’impuissance, le sentiment de culpabilité, la culpabilité, etc.

B - Symptômes émotionnels

Ceux-ci sont plus connus et plus facilement dépistables s’ils prennent la forme d’irritabilité, de cynisme, de colère, de crises de larmes ou de nerfs, de désespoir, d’agressivité, d’une sensibilité et d’une nervosité accrues, d’angoisse, d’excitation, de tristesse, d’une culpabilité excessive. Par contre, ils peuvent être masqués et leur prise de conscience sera un des objectifs du traitement. Au médecin et au thérapeute de vérifier l’état émotionnel de son patient.

C - Symptômes intellectuels

Le coach, les collègues, le patron et le patient seront parfois uniquement alertés par des dysfonctionnements de la sphère intellectuelle. Des difficultés de concentration, de la distraction, des erreurs fréquentes, des pertes de mémoire ou des oublis peuvent dominer le tableau. Au fur et à mesure de l’aggravation de la situation apparaîtront des difficultés à prendre des initiatives, de la confusion, de l’insatisfaction, un sentiment d’impuissance et d’incompétence professionnelle, une nette perte d’estime ce soi, des attitudes négatives de fuite ou d’opposition passive ou active.

D - Symptômes comportementaux

L’impact du burn-out se manifeste également au niveau de comportements inhabituels chez la personne. Elle note une modification ou une aggravation de ses conduites alimentaires, l’apparition de comportements violents et agressifs, des attitudes négatives, une perte ou une distorsion de ses valeurs, un isolement social (repli sur soi, difficultés à coopérer) et enfin des comportements addictifs comme la consommation de produits calmants ou excitants (café, tabac, alcool, somnifères, anxiolytiques…) ou de la cyberaddiction, de l’addiction au sport, au sexe, etc.

Enfin, le désintérêt et même le dégoût pour le métier que la personne aimait tant va l’envahir et seront la porte ouverte à une aggravation de son état qui pourrait la mener vers un état dépressif majeur.


Étapes habituelles de développement du burnout

La personne qui va développer un burnout va y entrer très progressivement. Des indices pourront nous donner des pistes pour éviter que ce processus ne se développe vers des stades de gravité plus importants.

Les étapes habituelles de développement du burnout peuvent se présenter dans un ordre quasi habituel. Il débute par un enthousiasme idéaliste où le travail promet de tout combler, avec une sur-identification avec la clientèle et une dépense d’énergie excessive et inefficace. Par la suite, une stagnation s’installe, où le travail n’est plus perçu comme aussi excitant et n’est plus le substitut de tout dans la vie. La personne vit ensuite une période de frustration pendant laquelle la personne s’interroge sur son efficacité au travail et sur la pertinence et la valeur du travail comme tel, et enfin une apathie où la personne se sent chroniquement frustrée au travail mais a besoin de ce travail pour survivre. Elle essaye de travailler le minimum de temps requis, d’éviter les défis et les clients, si possible, et à se protéger de tout ce qui pourrait mettre en danger cette pseudo-position de sécurité qui semble compenser son mal-être, de manière inadéquate toutefois, pour la satisfaction au travail.

Pour Christine Maslach, le burnout découlerait d’une inadéquation entre la personne et son contexte organisationnel. Elle propose d’aborder le burnout à travers l’analyse de la relation de la personne avec son travail et notamment de l’existence d’un décalage entre ce qu’elle vit et six dimensions de l’organisation de son environnement, à savoir la charge de travail, la reconnaissance de son travail, le soutien de la communauté de travail, le sentiment d’équité ou de justice au travail et le respect des valeurs et du sens donné à son travail.


Évolution naturelle du burnout

Une fois que la personne en burnout vient consulter, il va lui falloir un certain temps pour prendre conscience et accepter la situation dans laquelle elle se trouve. Comme pour le deuil d’une maladie ou d’un accident, la personne va passer par une série d’émotions et d’états d’esprit avant de pouvoir accepter son problème. Le professionnel du burnout aura à la soutenir dans ces étapes de déni, de refus et lui donner pas à pas du support dans la découverte de ce qu’elle a toujours refusé consciemment ou inconsciemment. Grâce à une ouverture, une acceptation et un accompagnement de cette personne, il pourra mesurer le degré de gravité du burnout, à quel stade d’évolution dans le temps elle se trouve et avec quels facteurs pronostics cette personne va pouvoir bénéficier de l’aide requise, en fonction de ces trois niveaux. Ceci va influer sur le diagnostic et sur la prise en charge.